[interview] Path Of Desolation / 3 Days Of Silence / Diablerets (2015)

Interview à David aka AsCl3 

(Path Of Desolation / 3 Days Of Silence / Diablerets)

 


Bonjour David (aka AsCl3) et merci du temps que tu nous accord. Path Of Desolation est un groupe de six membres, dans 3DoS vous êtes en 3 mais le groupe est pensé comme un collectif, comme une sorte de laboratoire avec plusieurs invités et encore Diablerets est formé par toi et Grant. Il y a plusieurs configurations, plusieurs cas possibles où tu te trouves comme artiste. La question que je me pose alors est, comment se passe la composition ? Commences-tu ou commencez-vous à plusieurs, par les paroles ou par une ligne musicale ?

Chaque ‘groupe’ a sa propre manière de fonctionner. Dans 3 Days, nous travaillons beaucoup de manière indépendante. En général, j’écris mes textes de mon côté, le plus souvent avant d’avoir entendu les compos. Faex et Tom bossent sur leurs compos, se les transmettent l’un à l’autre, les retravaillent. Une fois qu’on a une demo un peu aboutie, je commence à y poser des voix. J’envoie le résultat à Faex qui le retravaille à son tour. On n’a jamais tourné ces titres tous ensemble, en fait, et ça fait presque deux ans qu’on ne s’est pas retrouvés tous les trois dans la même pièce. Ce n’est pas très rock’n’roll mais ça fonctionne admirablement bien. Dans Path, on a davantage une approche de groupe, mais si le gros du travail se fait ‘par équipes’. Nos deux guitaristes élaborent la base des compos. En général, j’attends d’avoir ces ébauches pour rédiger les textes. J’enregistre mes pistes, je transmets tout ça au suivant… Loïc compose ses parties de batteries et les gratteux bossent sur les basses et les synthés avec Grant et Nipo. Quand tout le monde a mis sa touche, on discute des titres, on propose des améliorations, etc. La dynamique est tout autre que celle de 3DoS. Enfin, Diablerets repose surtout sur l’impro... Et la picole. On part d’un élément indus/ambient, d’un son bien lugubre que Grant ou moi avons enregistré/produit par hasard et on se voit au local pour improviser nos lignes de basse et les voix, après nous être mis en condition en éclusant des quantités indécentes de bières (anglaises, uniquement !). En général, j’arrive avec un canevas de texte, quelques phrases griffonnées et j’improvise là autour. D’où le fait que seuls quelques brefs extraits sont dispo sur notre site. J’ai eu beau réécouter mes prises du premier album, impossible de comprendre ce que j’ai gueulé.


Path Of Desolation


J’aimerais bien te poser quelques questions tour à tour sur chaque groupe, d’abord on commence avec Path Of Desolation, si tu le veux bien. Votre premier album est l’Ep Soaked Jester sorti en 2014. Il s’agit d’un ep de 3 titres et inspiré par le « melodic death metal »  de ce que l’on appelle « l’école de Göteborg » (In Flames, Dark Tranquillity et At The Gates). Quels sont tes albums préférés de ces groupes ?

‘Whoracle’ d’In Flames, ‘The Mind’s Eye’ et ‘Haven’ de Dark Tranquillity, ‘Slaughter of the Soul’ d’At The Gates, ‘The Only Pure Hate’ de A Canorous Quintet… C’est une question intéressante, car, au sein de Path, il y a une grosse différence d’âge entre nous. Je suis le plus vieux et je suis resté un peu ‘bloqué’ sur ces vieux albums, même si j’écoute des trucs plus récents. Certains membres du groupe citeront plus volontiers Be’lakor, les derniers In Flames ou Dark Tranquillity, Insomnium… Je pense que c’est une composante importante de notre son, entre nos influences old school et une volonté d’avoir une approche moderne dans ce style de musique.

Peux-tu développer le concept des textes de Soaked Jester car ils sont l’air de décrire notre société et un certain malaise de fond ?

Nous avons composé et enregistré ces titres très tôt. Le groupe se cherchait encore musicalement et il en va de même de mes textes. Comme nos nouvelles compos, ces trois titres mêlent textes introspectifs et observation de mes congénères. ‘Soaked Jester’ parle de mon incapacité à être à l’aise en société et à avoir un peu trop tendance à me cacher derrière l’alcool pour me protéger. ‘The Word’ évoque cette incapacité chronique des gens à penser par eux-mêmes. L’individualisme n’a jamais été aussi fort et, pourtant, chacun copie son voisin, comme le prouvent les réseaux sociaux. Un jour, c’est se vider un seau d’eau sur la tête qui est à la mode, le lendemain, c’est le planking, ou que sais-je. Un attentat à Paris, tout le monde brandit le drapeau français, sans même chercher à comprendre comment on en est arrivé là. La voix de la masse est devenue parole d’Evangile et tout le monde la suit aveuglément. Nos nouvelles compos vont dans le même sens : certaines évoquent les sentiments qui m’habitent à 3h du mat’, au cours d’une énième nuit d’insomnie, d’autres parlent de ma vision très négative de mon monde intérieur, grouillant de cauchemars, d’échecs… D’autres encore se penchent sur comment notre société pousse des êtres inoffensifs à dévorer leurs congénères, dans le seul but de réussir socialement… 


Vous vous êtes produits souvent sur scène pour promouvoir cet ep. Quelle expérience tu en tires ?

Avec 15 ans de musique à mon actif, j’étais le plus capé du groupe lorsque nous avons donné nos premiers concerts. C’était génial pour moi de monter sur scène avec des musiciens plus jeunes et qui ont encore une envie énorme d’être là. Nous avions perdu ça dans mon groupe précédent… Le côté live me plaît aussi bien parce qu’il me permet d’évoluer, d’affiner mon chant. J’essaie, je me découvre un peu à chaque date… Enfin, ça nous a permis de créer un peu de buzz autour du nom du groupe. Les choses se goupillent très vite pour nous. Plus vite que ce que nous espérions. En deux ans, on a déjà parcouru un joli chemin, à notre échelle.

Est-ce que vous êtes en train de préparer du nouveau matériel ? 

Tout à fait. Nous entrerons en studio en février, toujours avec Anna Murphy d’Eluveitie qui a produit notre EP. Ce sera cette fois pour enregistrer un album 11 titres. L’arrivée de Philippe à la guitare a été un gros bol d’air frais. C’est une véritable locomotive, un mec bosseur et toujours enthousiaste. Il a remonté le niveau du groupe. Les nouvelles compos sur bien plus techniques, recherchées et pro. Path trouve gentiment son identité. Attends-toi à recevoir une belle claque !

3 Days Of Silence


Passons à présent à 3 Days Of Silence et à son premier album Sodium/Sulphur. D’abord sur la forme il faut dire que cet album se trouve soit en vinyle couleur blanc, soit en cassette audio (blanche elle aussi ou grise). Musicalement il y a une première partie ou face A qui est caractérisée par un son plus électro et une deuxième partie ou face B où le côté black metal est très marqué. On voit donc que le support (vinyle ou K7) a été choisi en fonction de l’album pour marquer de façon claire cette dualité qui est présente d’ailleurs dans le titre qui lui aussi est double Sodium/Sulphur. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur l’idée qu’il y a derrière à tout ceci ? Est-ce que on peut considérer Sodium/Sulphur comme un concept album ?

Oui, je pense qu’on peut parler de ‘concept’. Le maître-mot de ce projet est ‘spontanéité’. Il se trouve que les deux personnes qui composent au sein de 3 DoS ont des parcours très différents. Tom vient du metal et notamment du thrash, alors que Faex a un background electro. Logiquement, cela influence leur travail de compo. Très tôt, on s’est retrouvé avec des titres qui partaient dans deux directions très distinctes, l’une effectivement très froide et hypnotique, laissant une large place aux éléments electro et l’autre, plus bestiale et rageuse. Mes premiers textes pour cet album remontent à 2010, donc bien avant la création de 3 DoS. Mais on y trouvait également une sorte de jeu d’oppositions, certains froids et cyniques, d’autres bestiaux et violents. Plutôt que de devoir choisir une direction plutôt que l’autre, nous avons décidé d’explorer plus avant cette opposition. Le choix d’un support tel que le vinyl s’imposait dès lors de lui-même. Pour tenter de résumer, ‘Sodium’, c’est l’isolement en son monde intérieur, le repli sur soi, le constat de sa propre mortalité, de sa fragilité. ‘Sulfur’, c’est l’isolement dans un monde surpeuplé, le constat que l’homme a beau s’organiser en sociétés complexes, il reste un animal aux instincts primaires, un prédateur.

Le vinyle blanc est vraiment superbe, une jolie couleur, un très bon rendu sonore et un joli layout. Peux-tu nous dire qui s’est occupés de cette réalisation ? Est-ce que le vinyle a été pressé en Europe de l’Est ? Je sais que plusieurs labels et artistes font presser leurs vinyle en Pologne ou en Roumanie.

L’artwork a été réalisé par Slo du groupe français Smohalla. On voulait quelque chose de très sobre, qui résume la froideur de nos compos. J’aime beaucoup le résultat. Quant au pressage, il a été effectué chez GZ-Media, en République tchèque. A ma connaissance, il s’agit de la plus grosse boîte sur ce créneau en Europe.

3 Days Of Silence est un groupe mais il fonctionne aussi comme un laboratoire d’idées d’où la présence de plusieurs invités sur cette album. Est-ce que tu peux nous parler de la philosophie à la base de ce laboratoire ? Peux-tu nous présenter ceux qui ont participé avec vous ? Comment avez-vous choisi ces invités ?

La philosophie était simplement de se dire : si un mec peut apporter un plus à cet album, pourquoi s’en priver en voulant à tout prix respecter un format de ‘groupe’. Nous sommes tous les trois des musiciens relativement expérimentés, mais nous sommes forcément limités par nos propres capacités, notre spectre d’influences, nos goûts musicaux. Aort des groupes anglais Code et Blutvial a ainsi apporté une couleur inattendue au titre S.W. MMVII avec son style de guitare unique et toujours inspiré. Je suis capable de produire des screams aigus et dans les mediums, mais je me sens un peu moins à l’aise dans les graves. Comme nous voulions quelques vocaux death à l’occasion, nous avons fait appel à un vrai spécialiste de ce style en la personne de Pat Bonvin, de Near Death Condition. J’ai appris par hasard qu’il avait fait de nombreuses années dans un chœur. Je lui ai donc demandé de poser quelques voix mélodiques également. A la base, il devait intervenir uniquement sur ‘Na-tural S-tate’, mais il a entendu des extraits de la face ‘Sodium’ et a tenu à y participer. D’où sa présence également sur ‘Ask The Dust’. De même, j’étais un peu bloqué avec les voix de ‘S.W. MMVII’. J’ai contacté John B. de Blutmond qui a accepté d’enregistrer quelques ‘vokills’ plutôt dérangeants. Vince, ex-Xicon et actuel Buried Skies, livre quant à lui quelques voix mélodiques sur le titre ‘White Bird’. Nos groupes répètent dans le même local, il était assez aisé de l’impliquer dans cet album. Enfin, ACid de Dark Isle et Wulf Kloff a accepté de remixer ‘Mortality/Normality’, le transformant en une pièce de trip hop glauque à souhait.

D’un côté tu faisais comprendre tout à l’heure que 3 Days Of Silence est un groupe studio qui n’a pas forcement vocation à tourner. Puisque l’album est sorti en 2013, est-ce que vous avez commencé à penser à du nouvel matériel ?

On avance très très lentement mais on y arrive. On a déjà deux titres plus ou moins prêts et des ébauches pour six ou sept autres. Il s’agira d’un album concept qui vous fera faire le tour du monde J. De ce que j’ai entendu jusqu’ici, il sera davantage dans un esprit ambient, plus proche de ‘Sodium’ que de ‘Sulfur’ mais ça reste à confirmer. Notre guitariste est parti s’installer à Dubaï peut avant la sortie de ‘Sodium/Sulfur’. On a tous bossé de notre côté sur 3 DoS, mais la distance n’a pas aidé à rester très concentrés. D’autant que nous avons tous beaucoup de boulot, de projets, des familles.

En regardant sur internet je n’ai pas trouvé beaucoup de chroniques de Sodium/Sulphur mais ce que j’ai lu était très enthousiaste. Comment tu perçois l’influence et le rôle d’internet par rapport à 3 Days Of Silence ? 

On ne cherche pas à tout prix à récolter 2000 chroniques. Nous avons au contraire ciblé les sites et blogs qui respectent le travail sur le support physique d’un album, comme le tien. ‘Sodium/Sulfur’ n’est pas juste une collection de titres mais un ‘album’ au sens qu’il avait encore avant l’avènement du mp3. La musique en est un aspect, les texte un autre, le support un troisième, etc. Je pense que beaucoup de rédacteurs l’ont compris, à voir les excellentes chroniques que nous avons obtenues.



Diablerets 


Diablerets est un duo formé par toi (vocals, bass, FX, programming) et par Grant Hailey (bass, programming, vocals, drums) qui comme toi es aussi dans le groupe Path Of Desolation.  Diablerets tire son nom du massif montagneux des Alpes bernoises, situé aux confins des cantons de Vaud, du Valais et de Berne. Le nom Diablerets vient du fait que selon plusieurs légendes ce massif est habité par des diablotins voir le diable même. J’ai trouvé en ligne cette phrase «Le but de notre groupe est de donner une voix aux démons oubliés» prononcée  par Grant Hailey. Est-ce que tu as envie de reprendre et de développer ce sujet ?

Quand Grant m’a parlé de son projet drone, j’ai immédiatement dit : ‘Appelons-le Diablerets !’ Ce nom me trottait dans la tête depuis un certain temps. Il a quelque chose de ‘démoniaque’ ; en plus, mes ancêtres sont originaires de la vallée des Ormonts, où se trouve le village des Diablerets. J’aime la réaction que ce nom suscite par chez nous: pour les gens de la région, c’est juste une petite station de ski familiale, alors ce nom les fait marrer, ils croient à une plaisanterie… Mais cette région regorge de légendes troublantes, matière parfaite pour un projet drone !

Diablerets évolue dans un registre black metal / doom / drone et a sorti son premier album I en 2014 sous forme de cassette en édition limitée à 75 exemplaires dans un boitier en carton. Deux questions s’imposent, pourquoi 75 exemplaires et non 66 ?

Parce que l’usine s’est plantée dans ma commande… J C’est véridique. En fait, on pensait en faire 70, ça nous semblait raisonnable, compte tenu du public très restreint que nous imaginions toucher. Mais on en a eu cinq gratos.


Le boitier en carton a été découpé à la main, il y a eu des blessés ?

Haha. Non, on a fait très attention. Mais c’est passé tout près, par moments. Et Grant a eu toutes les peines du monde à comprendre comment couper ces satanées pochettes. On s’est vu au pub pour le faire. Il doit en avoir fait quatre et foiré deux, avant de se contenter de faire ce qu’il fait le mieux : picoler.

Tu as dit plusieurs fois que Diablerets est né par l’envie que toi et Grant aviez d’expérimenter et surtout ce projet est né et semble évoluer autour de la bonne bière. Posé en ces termes, on pourrait penser à quelque chose de léger ou de rigolo alors que à l’écoute de l’album on est frappé par un côté extrême très poussé et recherché. Je cite ma chronique : « L’ascension au massif de Diablerets est un paradoxe. D’un côté il nous semble de monter vers l’absolu symbolisé par la montagne. De l’autre on plonge dans les tréfonds de notre âme et on trouve une noirceur absolue. Élévation d’un côté, dissolution de l’autre. Peut-être qu’il se trouve ici une assonance avec le principe des alchimistes le « solve et coagula » qui semble renfermer le secret du Grand Œuvre. Le terme « solve » est parfois représenté par un signe qui montre le Ciel (on pourrait dire la montagne), et le terme « coagula » par un signe qui montre la Terre (notre intériorité) ». Est-ce que tu penses que cette analyse puisse être juste ? Est-ce que vous, comme groupe, vous pensiez que l’on puisse ressentir cette profondeur dans votre musique ?

On est franchement étonnés et flattés des impressions que génère notre musique. J’ai une vision un peu ambivalente de Diablerets. D’un côté, il s’agit clairement d’un délire, d’un prétexte pour nous prendre des murges monumentales lorsque nous bossons sur ce groupe. On a une manière assez simple de décrire le principe de composition : on se pointe au local, on boit une bière, on improvise, on réécoute, on trouve que c’est de la merde, on boit des litres de bières, on improvise, on réécoute, on trouve ça génial, on boit encore, on réécoute le lendemain avec la gueule de bois, on trouve que c’est de la merde, on file les fichiers à Faex (de 3 DoS) qui passe des plombes à faire en sorte que ça sonne génial. Diablerets lui doit énormément. Mais au-delà de cet aspect léger et potache, je mets autant d’énergie et de passion dans ce projet que dans mes autres ‘créations’. Diablerets est quelque chose de libérateur, à mes yeux. On crache ce qu’on a dans les tripes, sans se poser trop de questions. Du coup, même si c’est peut-être aller chercher loin, ta comparaison avec le principe alchimique n’est pas forcément dénuée de sens. Enregistrer pour ce groupe, c’est plonger dans les trucs qui nous minent au quotidien pour le dissoudre et en ressortir une ‘matière’ contemplative.


Il me semble de voir que certains titres reprennent des légendes liées aux Diablerets comme celle de la Quille du Diable. Peux-tu nous dire quels titres reprennent ces légendes et quelles légendes ?

La montagne la Quille du Diable est ainsi nommée car les anciens prétendaient que les démons jouaient aux quilles sur le glacier des Diablerets avec des rochers. Lorsqu’ils manquaient leur cible, les pierres dévalaient les falaises et détruisaient le village de Derborence, en contrebas. C’est d’elle dont parlent les titres ‘Lurk In The Stones’ et ‘Diablerets’. ‘Holy Man’, notre hit-single, s’inspire de la légende de la Cape au Moine, une montagne située sur l’autre versant de la vallée. Elle raconte comment un vieux moine a été changé en pierre en abritant deux pâtres sous son manteau pour les protéger d’un loup. ‘Casting Rubies to the Wolves’ se base sur la légende du Scex Rouge ou ‘montagne aux rubis’, voisine de la Quille du Diable. En cherchant une brebis, une bergère aurait découvert une grotte, demeure d’un génie. Ce dernier lui fit promettre de ne jamais révéler où se trouvait l’entrée de cette grotte. En contrepartie, il offrit à notre bergère trois gros rubis. Elle doit avoir tenu parole, car on n’a jamais retrouvé d’autres rubis dans la vallée. ‘Hauswirth’ est une petite incartade géographique puisqu’elle s’inspire d’un artiste de la vallée voisine qu’on appelle Pays-d’Enhaut. Hans Jakob Hauswirth est un personnage mystérieux que l’on considère aujourd’hui comme le père de l’art du papier découpé, typique de cette région. Il a passé sa vie comme un reclus à découper patiemment la vie de la région, avec ses ciseaux. Ses créations sont magnifiques, pleine de vie, chargée de symboles. J’avais envie de rendre hommage à cet homme qui a mené une existence difficile et qui n’a été reconnu pour son art que bien des années après sa mort. Aujourd’hui, ses rares œuvres coûtent des milliers d’euros et s’exposent aux quatre coins du monde, des USA au Japon.

En 2015 Diablerets a sorti un split sous forme de 45 tours avec le groupe Inner+Black. Vous avez réalisé un titre chacun. Comment est née cette collaboration ? Peux-tu nous en dire un peu plus sur Inner+Black puisque sur internet on ne trouve pas grand-chose. Est-ce un groupe ? Est-ce un one-man-band ?

Ils sont deux, comme nous. Je crois qu’ils sont recherchés pour avoir pratiqué des cultes pas catholiques avec de jeunes vierges ou alors pour incendie d’église et terrorisme musical. Je ne peux donc pas trop t’en révéler à leur sujet, sans les mettre en danger. Ils sont basés à Genève, à moins que ce ne soit juste un moyen d’échapper au fisc norvégien, la Suisse restant un paradis fiscal, comme vous, chers voisins français, nous le rappelez à tout bout de champ. Je connais l’un des membres depuis de nombreuses années. Il m’a fait écouter Inner+Black et j’ai dû sortir de la pièce en courant pour vomir et me faire exorciser. On lui a filé un titre de Diablerets en retour, ça lui a fait un peu peur… On a décidé de bosser ensemble.


Avec le choix d’une cassette et d’un vinyle, tu vas à contrecourant. Est-ce que c’est un choix fait pour privilégier l’album en tant que tel comme on faisait auparavant, avant la sortie des mp3 ?
Grant et moi sommes des grands mordus de cassettes. On achète plein d’éditions limitées débiles. Du coup, avant même que la première note de ‘I’ ne soit enregistrée, il était clair que cet album allait sortir en cassette. Je ne suis pas fan de mp3. J’ai besoin d’avoir quelque chose dans les mains (n’y vois pas de sous-entendu pervers) quand j’écoute un album. Pour moi, écouter un mp3, c’est comme regarder une photo d’un beau tableau. Je préfère aller au musée.

Quel retour as-tu par rapport à Diablerets ? C’est un concept tellement extrême que ça doit plaire ou déplaire, en tout cas ça ne laisse pas indiffèrent !

Le batteur de Path déteste ;-) Les retours des reviews sont tous excellents et j’en suis flatté. Dans notre entourage, ça balance entre ceux qui pensent que c’est de la merde et ceux qui trouvent ça génial, dont Faex qui reste notre fan numéro 1. On a fait écouter ça aux mecs de Path et ils trouvaient ça un peu débile au début mais certains d’entre eux sont venus à nos répétitions et se sont pris au jeu. Deux d’entre eux sont même venus nous voir en concert ! La limite entre merde et chef-d’œuvre est souvent extrêmement fine et on réussit l’exploit d’être pile poil dessus. Je ne crois pas qu’il faille écouter ça comme de la musique. C’est une sorte de bande son de film intérieur. Un ami a bien résumé la situation : ‘C’est pas mal, mais je n’écouterais pas ça en allant acheter mes carottes au supermarché’. Je l’ai fait et c’est vrai que ce n’est pas top pour te plonger dans l’ambiance de ‘I’.
  
Est-ce que il y a des plans dans le futur pour Diablerets ?

On vient de donner un concert très spécial, le soir d’Halloween. On a composé une bande-son pour ‘Orlacs Hände’, film muet de 1924. On l’a jouée live dans un cinéma magnifique, pendant la projection du film. C’était une expérience incroyable (et passablement alcoolisée). J’aimerais vraiment remettre ça avec d’autres films l’an prochain. Diablerets est le seul de mes projets qui me laisse cette liberté. A part ça, il y aura un autre album, sans doute en 2016. Le concept est là : les notions de géographie et d’histoire y seront à nouveau centrales. Diablerets n’est pas l’inventeur du ‘Geographical doom’ pour rien !! Mais avant cet album, nous allons nous concentrer sur le premier Path Of Desolation. Une fois ce disque en boîte, je pourrai enfin avancer sur Confinement, mon projet trip hop. Nous préparons un album. Je suis vraiment fier des premières ébauches. Ce disque s’annonce très sympa. Je cherche un chanteur ou une chanteuse, si tu connais quelqu’un de motivé. Grant et moi allons également prendre un peu de temps pour bosser sur le projet black que j’évoquais en début d’interview. L’idée est de l’enregistrer en même temps que le 2e album de 3 Days Of Silence, sans doute fin 2016. Et Grant doit aussi enregistrer des voix pour un mini avec un groupe de brutal death qui s’annonce de toute bonne qualité On devrait arriver à caser quelques sessions Diablerets au milieu de tout ça. Ça me démange, en tout cas.




Tu es chanteur depuis 1998 selon mes sources et aussi artiste à part entière par rapport à ce que tu fais dans tes différents groupes. Est-ce que le fait de jouer dans plusieurs groupes est une façon pour toi de découvrir toujours de nouvelles choses ? De te mettre toujours en jeu ? D’évoluer toujours ?

J’ai longtemps évolué dans un seul groupe à la fois. Aujourd’hui, je suis actif dans quatre ou cinq projets différents. Ce qui a changé ? J’ai vieilli… Je n’ai plus trop d’ambitions musicales si ce n’est de m’amuser. J’écoute des choses très variées et j’ai envie d’expérimenter dans ces domaines musicaux qui me plaisent. J’essaie toujours d’avoir une approche nouvelle des textes et du chant pour chaque projet. Chacun est un terrain de jeu qui me permet de développer un peu mon chant. Je ne pense pas que Path sonnerait de la sorte, sans le travail que j’ai dû fournir pour 3 DoS. Et je pense que les screams que j’ai développé pour Diablerets impacteront mon chant dans 3 DoS, etc.

Tu as vécu comme artiste le passage au numérique c'est-à-dire internet, la dématérialisation du support et donc la naissance du mp3, des réseaux sociaux et en même temps on a aussi de plus en plus la possibilité de créer son propre studio d’enregistrement et les artistes ne sont pas obligés de répéter ensemble mais ils peuvent s’envoyer des fichiers et faire des albums même sans se voir. Quel est ton ressenti par rapport à tout ceci ?

Comme je le disais, je suis fan du support physique, c’est quelque chose de primordial à mes yeux. J’ai connu l’époque du tape trading et des affiches de concerts photocopiées en noir-blanc avec une qualité épouvantable et qu’il fallait aller coller dans tous les bars de la région pour ramener 10 pelés à ton gig. Je suis nostalgique de cette période. Mais c’est vrai que les nouvelles technologies simplifient la donne pour les musiciens et c’est une bonne chose. Il est plus facile d’enregistrer ses titres décemment, de lancer des collaborations internationales. Un des albums qui m’a le plus marqué ces dernières années est celui de Lethe, un duo formé par Tor-Helge Skei de Manes (Norvège) et Anna Murphy d’Eluveitie. Un tel projet n’aurait jamais pu voir le jour il y a 20 ans.

La scène helvétique est assez vaste et parmi les groupes ont peux citer Celtic Frost, Coroner, Darkspace, Triptycon, Sybreed, Eluveitie, Samael, Krokus, Shakra. Moi j’avoue avoir un faible pour Pertness. Quels sont à ton avis les groupes même underground sur lesquels il faudrait jeter une oreille ? Comment juges-tu la scène helvétique ? Est-ce qu’il y a une solidarité entre les groupes ?

Je ne connais pas Pertness mais je vais y jeter une oreille. C’est une petite scène mais je trouve qu’elle grouille de personnes de talent. Je suis un immense fan de Coroner, du Frost et plus encore de Triptykon. Les mecs de Sybreed et Eluveitie sont des postes et j’aime leur travail. Quant à Samael, Vorph a beaucoup influencé mon chant au départ. C’est un tout grand groupe et Xy est un mec en or et ultra-talentueux. Ces formations donnent des idées à toute une scène très dynamique… Je te recommande Blutmond, Nucleus Torn, Zatokrev, Störtregn, Pÿlon, Absorbed, Euclidean… Il y en a tellement ! Je constate, en discutant avec des musiciens d’autres pays, que notre scène jouit d’une belle cote à l’étranger. Je ne sais pas si on peut parler de solidarité. Je connais personnellement tous les groupes que je viens de citer et on se respecte beaucoup. Comme partout ailleurs, il y a des affinités, des mecs avec qui le courant passe mieux qu’avec d’autres. Il y a quelques mecs qui tournent bien mais qui gardent les pieds sur terre et il y en a d’autres qui ne t’adressent la parole que si tu peux éventuellement les aider à conquérir le monde de la musique. Le seul souci est que notre scène est complètement submergée par le metalcore… Tous ces guignols qui font le même style, ont le même attirail de scène, bougent de la même manière en concert et on a l’impression d’être la dernière ‘hype’ ! Tu as remarqué qu’ils ont tous un verbe conjugué dans le nom de leur groupe ? ;-) Mais bon, on a déjà établi que j’étais un vieux con.

Je pense que l’on a bien discuté et je te remercie infiniment du temps que tu nous as consacré. Je te laisse le mot de la fin pour nos lecteurs !

Merci beaucoup pour cette interview recherchée. Je me réjouis de te présenter le nouveau Path et le 2e 3 Days. Je te remercie pour ton travail et ton amour des supports physiques ! Longue vie à Metallifer !



liens :
https://pathofdesolation.bandcamp.com/
https://3daysofsilence.bandcamp.com/
https://diableretsdoom.bandcamp.com/

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