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19 mai 2017

Netra – Ingrats (2017) / Hypnotic Dirge Records


 

Netra – Ingrats (2017) / Hypnotic Dirge Records


Après quatre ans de silence, Netra revient sur le devant de la scène avec son nouvel album Ingrats, sorti encore une fois (puisque on ne change pas une équipe qui gagne) via Hypnotic Dirge Records. Juste pour rappel, Netra est à la fois le nom de l’artiste et du groupe. Netra est une one-man-band fondée en 2003 par Netra qui en réalité est Steven Le Moan. Steven a beaucoup voyagé entre Quimper, Gjøvik (Norvège), l’Allemagne (au moment où l’écriture d’Ingrats a commencée) et ensuite à Auckland en Nouvelle Zélande. Après avoir réalisé les démos Emlazh (2005) et Mélancolie Urbaine (2006), Netra publie son premier album via Hypnotic Dirge Records en 2010 qui se nomme Mélancolie Urbaine. Vient le temps ensuite de Sørbyen (2012) via HDR, de la collaboration avec le duo rap We'rewolves qui a donné l’EP Dreading Consciousness (2013) via HDR.


Netra fait du Netra c'est-à-dire un black metal moderne et hybride puisque dans sa racine black il incorpore des éléments jazz, trip hop, Dark Wave, rock alternatif, samplers tiré de films. Sur le papier ceci peut paraître « incongru » mais le résultat est époustouflant. L’album s’ouvre avec Gimme a break qui se présente comme un intro instrumental jazz apaisant. Everything's Fine est une déferlante black metal : tremolo picking et voix écorchée. A la deuxième minute environs, il y a un changement de tempo et de son, avant de reprendre son côté extrême et encore un changement de temps chanté en voix claire. Ce titre est une alternance de clair-obscur où le côté sombre est quand même prédominant. C’est un titre rentre dédains qui reste bien en tête. Underneath My Words the Ruins of Yours est un instrumental mid-tempo. Ce titre possède un aspect de répétition autour d’un même thème mais avec des variations (un son plus “electro” qui fait son apparition, par exemple). Si tout l’album est de très grande facture, nous avons un faible pour Live with It. Ce titre est sobre, chanté en voix claire, la batterie est légère et les notes de piano ponctuent une mélodie simple et presque désincarnée. Il y a un changement de tempo final qui accélère le tempo et fait basculer ce titre. Je trouve des échos avec Depeche Mode, Paradise Lost (période Host), Germe (et son album Grief). Juste des échos, puisque si vous connaissez Netra, vous verrez qu’il a son propre style. Infinite Boredom est un instrumental au piano où on entend la pluie en fond sonore. Ce titre qui illustre l’ennuie est – peut-être – à mettre en lien avec le titre Blasé qui figurait sur Mélancolie Urbaine. Blasé peut avoir deux clés de lecture : d’abord un clin d’œil au morceau Blasé du saxophoniste de jazz américain Archie Shepp et de l’autre Blasé comme pour indiquer l’état d’âme de quelqu’un qui n’a plus le goût pour les choses.
Blasé montrait l’ennui par une batterie répétitive et monotone et un piano. Ici, Infinite Boredom, montre l’ennui par la pluie qui tombe de façon monotone et un piano.

Vue de la ville d'Auckland
Don't Keep Me Waiting est un titre puissant, sombre, claustrophobie où un saxophone évolue dans le noir. Ce titre présente un sampler tiré du film L’exercice de l’État (P. Schoeller, 2011) dont le sujet principal est la politique et surtout les rapports de force. Autrement dit, c’est le combat et les doutes d’une personne de pouvoir face au pouvoir plus grand qui lui demande d’agir contre ses désirs et ses valeurs.
A Genuinely Benevolent Man est encore un titre instrumental qui dans les parties calmes (ceci n’engage que moi) a des points en commun avec la bande son du film Blade Runner ou encore Strange Days. On peut s’imaginer la grande ville, la nuit, les lumières, les grands axes de circulations saturés qui contrastent avec la solitude qui entoure la ville. A la lisière des lumières de la ville, la nuit rôde. A Genuinely Benevolent Man est un très bon titre qui varie sa structure au fil du développement mais contient tout le temps la même couleur et cohérence. Paris or Me est plus un titre à caractère « bruitiste ». Ses atmosphères sombres (bruits / samplers) et planantes (piano) coexistent avec une froideur provoquée par une guitare saturée.
Could've, Should've, Would've est encore un très bon titre. Chanté en voix claire, la base trip hop est très présente. Une voix claire s’alterne à une voix chuchotée et le constat est amer ou mieux lucide : 


There is no beginning to this
There is no thruth, no bliss

No happy ending, no hero
It’s the best I can
Time has stopped and the rest is down the drain


Très beaux le break à 3 :20 seulement un clavier mélancolique, sombre, éther, qui donne une nouvelle dynamique au titre. L’album se termine avec le titre Jusqu'au-boutiste qui de façon jazz rappelle le premier titre Gimme a Break. Le black metal des guitares s’arrête pour laisser place encore une fois à un sampler, tiré cette fois du film Low Down (J. Preiss, 2014). Low Down est un biopic américain basé sur les mémoires de Amy-Jo Albany dans lesquelles elle raconte la vie de son père, le célèbre pianiste de jazz Joe Albany et de sa lutte contre son addiction à la drogue. Ce film est donc une métaphore très forte qui joue sur plusieurs niveaux : l’amour d’une fille pour son père, l’importance de la musique, les démons qu’un homme doit affronter.  Et ces thèmes sont recrées dans le titre avec des changements de temps, de sonorités qui se rajoutent (techno + guitare électrique) de l’accélération. C’est comme si sur un leitmotiv se rajoutaient plusieurs éléments hétérogènes qui ne sont pas fins à eux-mêmes. Cette surcharge présente deux aspects : d’un côté le titre Jusqu'au-boutiste se présente comme une sorte de crescendo et de l’autre on est conscients que même avec tous les artifices possibles (les plusieurs couches / instruments etc.) le résultat est le même : la nuit est sombre et ce qui est fait est fait. On peut juste l’assumer.

Dans cet album Ingrats, Netra retrouve des éléments déjà présents dans sa discographie comme la pochette qui illustre une ville de nuit (cf Mélancholie Urbaine) et l’utilisation de samplers. La ville de la pochette d’Ingrats est Auckland vue la nuit. Netra ne nomme pas la ville de la pochette et ne nomme pas non plus les deux samplers utilisés dans l’album. L’important est que, en utilisant des éléments concrets, Netra propose des thèmes qui vont au-delà du réel pour devenir des métaphores. Auckland est la métaphore de la mégalopole, et les deux samplers sont métaphore l’un des rapports de dominations et l’autre de la vie d’un homme face à ses succès et ses démons. Il s’agit donc d’un tableau moderne qui parle à tous et chacun.

Avec Ingrats, Netra propose un album cohérent et abouti où le côté black metal cohabite avec des éléments hétérogènes qui en soulignent et en explorent la profondeur.

Score 10/10 (yes it is 10/10)

Hypnotic Dirge Records : http://www.hypnoticdirgerecords.com/







30 janv. 2017

[news] Netra - Ingrats (2017) HDR

Netra - Ingrats (2017) 

Hypnotic Dirge Records




netra est de retour avec son premier album depuis 2013, présentant ce qui est sans doute sa production la plus solide à ce jour. Ce troisième album, intitulé “Ingrats”, est rempli de musique à la fois brute et directe, qui exprime une détresse enveloppante, une psychose interne et toute la monotonie de la vie moderne. Mélangeant un black metal dépressif aux sonorités abrasives et claustrophobiques à d’autres styles comme la darkwave, le trip-hop, et le rock alternatif mélancolique, la musique de netra n’a jamais été limitée par les conventions ou la tradition, et cela est d'autant plus vrai sur “Ingrats”, où l’hybridation des genres est plus réelle que jamais. Le black metal est aussi tranchant que la glace, et la couleur des guitares lourdement saturées se juxtapose parfaitement, comme le clair-obscur, aux sinistres mélodies de darkwave. Une trame sonore conçue pour les ballades nocturnes au coeur de la ville, le matériel d’”Ingrats” est un assaut déployé sur les sens, une pilule amère qui doit être avalée pour guider la réflexion introspective. Un album qui a le pouvoir de nous connecter sur nos émotions et de nous vider jusqu’au bout.

Infectueux. Claustrophobique. Enivrant. Prenez votre soma et déambuler les rues pendant des heures.

“Ingrats” a été masterisé au Skansen Lydstudio (Manes, Atrox, Keep of Kalessin) Il s’agit du prochain chapitre pour netra, un chapitre critique qui est l’aboutissement des quatre années qui se sont écoulées depuis le dernier album.

“Ingrats” sortira le 9 mars 2017 sur Hypnotic Dirge Records.

Pré-ventes et marchandises bientôt disponibles, incluant de nouveaux t-shirts et des bundles spéciaux.

Pour les fans de: Ulver, Amesœurs, Altar of Plagues, Sun of the Sleepless

releases March 9, 2017

Steven LeMoan - All Music, Lyrics, Art



21 sept. 2015

[news] journée Område

Journée Område avec à la clé la chronque du dernier album Edari et l'interview du groupe :


Chronique : http://metallifer.blogspot.fr/2015/09/review-omrade-edari-2015.html

Interview : http://metallifer.blogspot.fr/2015/09/interview-omrade-2015.html


[interview] Område (2015)



Interview Område – Edari (My Kingdom Music 2015)



Suite à la sortie d'Edari, le premier album du duo Område, nous avons profité de l'occasion et interviewé Arsenic et Bargnatt. Bonne lecture !



Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et présenter votre album?

Arsenic – Nous nous appelons Område et notre premier album est sorti au mois d’avril dernier via le label My Kingdom Music. Nous jouons du metal d’avant-garde avec des éléments trip-hop, industrial et électro. Je m’occupe des guitares de la basse, batterie et des parties électroniques.

Bargnatt – J’assure le chant et la guitare sur Edari.

Vu le son de la guitare qui est assez sombre et « lourd » par moments, es-tu accordé en D – drop ?
(Accordage en Re (D) et donc plus grave au lieu de l’accordage normal en Mi (E), NDR)

Bargnatt – Je vous ce que tu veux dire mais je suis accordé en Mi. Je pense d’utiliser une guitare à 8 chordes et accordée en Re pour le prochain album afin d’avoir des sons plus sombres. J’y travaillerai.

Område en suèdois signifie ‘zone’ et Edari  est un mot  basque qui indique la ‘boisson’. C’est ce que j’ai pu traduire, vous pouvez nous en dire plus ?

Arsenic – C’est tout à fait ça. En effet plus que ‘zone’ Område signifie ‘voisin’ ou ‘voisinage’. Bargatt et moi étions des voisins et aimions faire la fête, d’où le mot boisson. Donc l’idée est celle de proposer un album à une sorte de communauté de voisins, de gens qui peuvent partager les mêmes choses et avec l’idée de passer un bon moment.

Bargnatt – Oui on était voisin physiquement et le projet Område est parti de là, des échanges que l’on avait souvent autour d’un verre. Je dirais que les maitres mots de cet album sont communauté et partage.

Tous les deux vous êtes connus dans le milieu du metal l’un comme chanteur et l’autre comme multi-instrumentistes. Pourquoi pour Område avez-vous choisi de vous présenter sous un pseudonyme?

Arsenic – En effet on vient de plusieurs groupes metal et on ne voulait pas mélanger Område à nos projets. C’est quelque chose qui va au-delà du metal et si on avait gardé nos noms, l’étiquette metal aurait été collée tout de suite à notre musique en on ne voulait pas cela.

Bargnatt – Tout à fait. On a des éléments metal mais pas que ça. Alors les pseudos nous permettent une totale autonomie.

Puisque j’aime bien m’imaginer les choses, je trouve que Bargnatt fait penser à Ulver. En effet il y a une assonance avec Vargnatt l’une des premières démos du groupe et aussi au fait que l’on peut trouver un bootleg du groupe avec pour titre Bargnatt (et je pense que celui qui a mis en commerce cette démo a dû mal lire les lettres en gothique et se tromper en écrivant Bargnatt au lieu de Vargnatt.
Ensuite le pseudonyme Arsenic renvoie au poison, à l’arsenic en tant qu’élément chimique et qui a des propriétés intermédiaires entre les métaux et les non-métaux. Ceci va très bien pour la musique d’Område qui est la fois metal et une entité autre.
Est-ce que il peut y avoir du vrai dans ces interprétations ?

Bargnatt – C’est tout à fait ça en ce qui me concerne. J’adore Ulver et je trouvais sympathique utiliser ce pseudo qui renvoie au groupe et au mec qui ne savant pas lire Vargnatt puisque écrit en caractères gothiques et alors il a écrit Bargnatt à la place.

Arsenic – Pour moi c’est plus simple. Au moment où nous avons choisi nos pseudos, sachant que l’on m’appelle Arsène alors le passage d’Arsène à Arsenic, pour moi c’était une évidence.



On peut définir votre musique comme ‘avant-garde metal’ puisque on peut trouver des échos dans des groupes comme Ulver, Manes, Dødheimsgard ou en encore God Is An Astronaut. Mais il y a aussi beaucoup plus comme de l’industrial, du trip hop, du post industrial. Surtout ce qui m’a frappé ce sont deux choses, d’abord le fait que chaque titre ait une couleur à lui et ensuite, qu’il y a une grande cohésion dans tout l’album. Comment avez-vous réussi ce tour de force ?

Bargnatt – On avait une vision d’ensemble et au fur et mesure que l’on composait ceci se présentait de plus en plus comme une évidence. Je veux saluer la prestation d’Arsenic qui a accompli un tour de force avec ses arrangements, ses compositions, ses sons qui reviennent à ponctuer l’album. Rien n’était calculé à l’avance, on a fait les choses avec une totale liberté et un éclat total aussi. En même temps tous les deux nous avions une même vision d’ensemble.

Arsenic – Pour être vraiment honnête, c’est bien aux studios que l’album a pris sa forme définitive. En effet on s’est présenté aux studios avec les morceaux qui étaient très complexes. Au moment de mixer le tout on a vu d’un côté la complexité de la tâche et aussi la façon dont tout ceci sonnait. C’était bon mais pas vraiment ce que l’on souhaitait. On était donc aux Ltstudio et l’album a été mixé et masterisé par Edgar Chevalier. Je peux te dire que les morceaux je les ai beaucoup retravaillés et réajustés et je suis content du résultat final. Donc pour résumer il y a eu un gros travail en amont et aussi un gros travail aux studios pour avoir cette album varié mais, je pense, cohérent dans son ensemble.

Parfois on a des « guests » sur des albums mais qui se limitent plutôt à une apparition rapide juste pour donner un argument « marketing » au produit. Dans votre cas les invités font un très bon travail en donnant encore plus de profondeur et de relief au disque. Je pense notamment aux saxophones, à la trompette, à la voix d’Asphodel ou à celle de Guillaume Bideau. Comment se sont passé ces collaborations et comment avez-vous choisis vos invités ?

Bargnatt – On n’a pas composé en pensant à telle ou telle personne. Une fois terminé ce processus on s’est dit que l’on pourrait faire appel à des invités pour donner encore plus de profondeur à l’album et pousser encore plus loin les limites. J’ai pensé à Guillaume Bideau (ex Scarve, Mnemic, One Way Mirror, NDR) qui a posé sa voix sur le titre  Luxurious Agony et ça c’est très bien passé. Asphodel (ex Pin Up Went Down, Penumbra, öOoOoOoOoOo, NDR) est une amie et elle a écrit les paroles et chanté le titre Satellite And Narrow. Je trouve sa voix très mélancolique et adaptée pour ce titre.

Arsenic – Les autres invités sont Leo Sors (saxophone sur Mótsögn), Damien Legret (saxophone sur Mótsögn) et Kriss Mandra (Master Crow) trompette sur Mótsögn et Satellite And Narrow. Je suis très satisfait du résultat final parce que les saxos et la trompette apportent une couleur toute particulière à l’album. On repousse vraiment les frontières du metal et on explore l’intériorité, la mélancolie et la noirceur. Il faut dire aussi que l’on a une version de Luxurious Agony chantée par Bargnatt (avant donc la collaboration avec  Guillaume Bideau) qui est très bien et que l’on garde sous le coude.

En regardant l’artwork on dirait un kaléidoscope c'est-à-dire que l’on voit plusieurs choses et que l’on peut les interpréter librement. Comment s’est faite la rencontre avec Seldon Hunt, le dessinateur ?

Bargnatt – On peut penser à Seldon Hunt comme à un autre guest de l’album. On connaissait ses pochettes pour Neurosis, Isis et cet artwork c’est sa traduction en images de notre musique. On l’a juste un peu orienté et on est content du résultat final. En effet il nous avait proposé une première mouture en orange et vert très flashy qui ne collait pas trop à notre univers. Son deuxième essai était le bon et c’est devenu la pochette de l’album. Seldon Hunt nous a aussi fourni deux modèles de t-shirt qui seront disponibles à la vente prochainement.

Arsenic – Pour être complet il faudrait aussi citer Stan W Decker (Vaden Plas, Blackmore’s Night, Masterplan) qui a dessiné le logo d’Område. Logo qui est à la fois sobre et puissant.


Les chroniques que j’ai pu lire sur Edari sont élogieuses. Etes-vous satisfaits ? Avez-vous déjà des projets en chantier ?

Arsenic – A la base comme on l’a dit on était des voisins et nous sommes partis sur un projet studio. Un jour peut être que l’on fera de la scène mais je pense après avoir sorti d’autres albums. On a déjà eu des propositions pour la scène et on y réfléchi. De même on en train de réfléchir au prochain album et on se laisse ouvertes toutes les possibilités. On verra bien. En tout cas on a reçu de très bons retours de la part de la communauté metal qui s’est montrée intéressée à ce projet et qui l’a bien accueilli.

Bargnatt – Oui, tout à fait. On ne se met pas la pression pour le deuxième album. On a eu de bons retours et on essaye de bien travailler à la suite. En ce qu’il concerne les concerts, comme Arsenic l’a dit, on y réfléchi. Surtout vu notre expérience on sait très bien ce que l’on veut proposer sur scène (lumières, sons, spectacle en lui-même). On sait ce que l’on veut réaliser et c’est qui est réalisable. Donc on y travaille et le moment venu ce sera vraiment une très belle expérience que nous voulons proposer et défendre.

Arsenic – On peut dire donc que dans l’immédiat on est sur le deuxième album. Sur le court terme notre label My Kingdom Music sortira Edari en vinyle et il y aura une surprise sur le vinyle qui le rendra collector. Et je profite de cette interview pour remercier, pour le très bon travail accompli, notre label My Kingdom Music et notre promoteur Dooweet Promotions.

C’est le mot de la fin. Merci beaucoup pour cet échange. Bonne continuation à vous et j’espère alors à bientôt pour votre deuxième effort.

Bargnatt- Merci à toi et aux lecteurs et à tous ceux qui gardent en vie et supportent le metal

Arsenic – Merci beaucoup. Ce sont les fans et surtout les blogs et les webzines qui font du bon travail et qui nous permettent de pouvoir nous exprimer en musique et aussi par le biais de ces échanges.

Område – Edari (2015)



Område – Edari (My Kingdom Music, 2015)


Depuis avril dernier Område a sorti son premier album qui se nomme Edari via le label My Kingdom Music. Les échos de cette galette ont été plutôt positifs et à notre tour on se penche sur la galette en question. Område est un duo formé par Arsenic (Guitares / Basse / Batterie / Electronique), et Bargnatt Xix (Chant / Guitares). Le duo souhaite garder l’anonymat et pour cette raison on ne vous dira pas ni de quel pays les musiciens sont originaires ni qui se cache derrière ces pseudos. La musique avant tout et comme les plus férus l’on peut être compris le pseudo Bargnatt est un hommage, un clin d’œil à l’album Vargatt d’Ulver.

En réassumant Område fait de l’avant-garde son cheval de bataille. En allant plus loin on peut définir sa musique comme Trip Hop, Ambient Electronica, Metal, Post Industrial music, Post Rock. Ça fait beaucoup de choses et d’influences ensemble mais rassurez-vous puisque Område s’en sort avec les honneurs. On pourrait dire que Område récupère le coté cinématographique d’Ulver, la noirceur de Manes et le coté éclectique de Dødheimsgard. Tout cela est vrai et évident mais Område va encore plus loin. Il se greffe avec le coté du black metal plus avant-gardiste pour dessiner des tableaux d’une société grise, lugubre, malsaine. Il y a le côté sombre et torturé de groupes comme Odraza (et sa description sans concession du monde moderne), comme Outre (et ses progressions plus son côté cathartique) mais encore (hérésie !) un côté hip hop qui peut rappeler Faithless (un titre comme We come one, par exemple).

Mótsögn ouvre les hostilités avec un côté sombre, planant, une voix claire mais qui exprime un bon degré de désespoir accentué par les saxophones et la trompette. Le côté sombre s’installe et on est happé par cette noirceur. Ou mieux, si le black metal explore et décrit un aspect sombre et torturé, Område fait la même chose mais sa noirceur n’est pas absolue. Il s’agit plutôt d’une palette qui explore tout ce qui est à la lisière du noir sans tomber dans le désespoir absolu. Un kaléidoscope d’image et d’ambiances biens travaillées sont toujours présentes comme ce dialogue entre voix sombre et saxophone mélancolique.

Mann Forelder c’est du très lourd. Il y a un côté épique donné par un rythme plus martial, une sorte de crescendo qui soutiendra le titre. Il y a des orchestrations et on dirait que l’aspect planant du début se transforme en une sorte de nébuleuse qui engloutit l’auditeur. La batterie est hip hop et ce côté crescendo et accentué par les refrains et la base rythmique qui dynamisent ce titre.

Luxurious Agony compte la participation du chanteur Guillaume Bideau (ex Scarve, Mnemic, One Way Mirror). Le tempo retombe pour laisser place à une très belle prestation vocale. Le piano et cette voix qui semble venir de très loin décrivent encore plus ce côté de mélancolie et de solitude qu’Område s’efforce de mettre en avant. Nous n’avons pas les textes mais le ressenti est celui d’homme seul face à une nature généreuse et dont il ne sent plus part ou il n’arrive plus à y participer.

Område – Edari (cd promo)

Satellite And Narrow est un titre qui présente la chanteuse Asphodel (ex Pin Up Went Down, Penumbra, öOoOoOoOoOo) comme invitée. Asphodel a écrit les lignes de chant pour ce titre. On retrouve la trame hip hop et la voix d’Asphodel se présente comme l’autre visage de la voix de Guillaume Bideau. Si avant c’était la nature, là il est question des relations humaines. Bargnatt aussi avec sa voix interagit avec Asphodel mais ce n’est pas un duo ; plutôt deux voix qui se renvoient leurs  solitudes, le tout surligné par un tempo électronique et mis encore plus en valeur à la fin du titre avec la trompette de Kriss Mantra.
  
Aben Dor se veut comme un titre intimiste. L’atmosphère est lourde. Il y a des bruitages qui laissent entrevoir le désespoir, la peur, la solitude. La force de ce titre est le fait de casser complètement la forme chanson pour se présenter comme on a dit sous forme de bruits qui décrivent quand même une certaine noirceur. C’est comme si Område illustrait ses mêmes propos par le biais d’un autre point de vue. Après le titre démarre avec un chant écorché qui renforce ce sentiment de solitude.

Friendly Herpes met en valeur le côté ‘divertissement’ d’Område puisque s’imaginer un herpès amical et lui donner la bienvenue, c’est pas mal. Musicalement ce titre est encore intéressant et met bien en avant des arrangements intéressants.

Skam Parfyme est l’un de mes titres préféré. La voix de Bargnatt est hypnotique comme la base instrumentale faite de ponctuations mélodiques. Le tempo est lent et progresse petit à petit comme une descente hypnotique dans le gouffre d’un Maelstrom. On se noie sans s’en apercevoir. C’est le titre le plus long de l’album qui avec sa valse capture l’auditeur et on ne sait plus si l’on est en train de danser avec la vie ou la mort. Si vous avez présent le titre Comfortambly Numb de Pink Floyd et son crescendo hypnotique, Område fait la même chose à sa façon.

Otta Sen clôt l’album d’une belle façon. Si on avait été pris par la main et invité au voyage dans la noirceur humaine, Otta Sen se veut un titre plus atmosphérique et presque mystique avec ses guitares et ses « samples » qui décrivent une mélodie éthérée. Il y a un côté « industrial » plus développé qu’ailleurs et l’alternance de ce côté éthérée (un peu à la Enigma, mais beaucoup plus sombre) avec des rythmiques tantôt douces tantôt plus directes présente une nouvelle facette du groupe.

Pour résumer on peut dire que Område présente un voyage dans la solitude, le désespoir, la dépression mais le tableau décrit n’est pas un ciel totalement sombre : ici et là des étoiles se pointent timidement. C’est à l’auditeur de les entrevoir et d’essayer – s’il le veut – de se relever et de les atteindre.

Område signe avec Edari un premier album très réussi et original. Réussi puisque il réussit à réunir sans forcer plusieurs types de musique. Original puisque l’avant-garde est mis à l’honneur avec différentes facettes qui expriment avec des couleurs différentes, chansons après chanson, différents états d’âme.


Score 9/10


Teaser de l’album Edari : https://www.youtube.com/watch?v=d40VlvgO52k



Område – Edari (cd promo - back)