[artwork] Behemoth insert The Satanist - deuxième partie - la Clé


Symbolisme  de l’insert de Behemoth – The Satanist (2014)



Deuxième partie : la clé


Le groupe de metal extreme Behemoth a sorti son album The Satanist en 2014 via Nuclear Bast. Le cd contient un insert realisé par Valnoir de Metastazis. Pour insert on entend dans le packaging de l’industrie musicale quelque chose que l’on rajoute à l’intérieur du package, ceci peut être un autocollant, un papier qui reporte des infos complémentaires sur l’album, le groupe, la maison de disques, voir une liste des autres albums disponible via la même maison de disques. Dans le cas de The Satanist l’insert présente d’un côté, le recto, le logo du groupe et le titre de l’album, de l’autre côté, le verso, un symbole. Le fond est noir et le texte / dessin est doré.

Deuxième partie - la Clé


La clé dorée reproduit le nom de l’album The Satanist. La clé présente une valeur symbolique très intéressante. La clé permet d’ouvrir et de fermer donc elle donne l’accès à quelque chose ou pas. La clé est à la fois un symbole de connaissance (on a la clé pour accéder à un savoir caché, pour comprendre on non quelque chose) et symbole de sécurité (on peut fermer à clé et rendre inaccessible un endroit).

D’abord dans la mythologie romaine le dieu Janus est représenté avec un sceptre dans la main droite et une clé dans la gauche. Il faut souligner que les premières traces archéologiques de clés datent de l’époque romaine. Janus est un dieu bifront, à deux têtes donc, l’une vers le passé et l’autre vers le futur. C’était le dieu à qui on s’adressait avant de commencer toute œuvre. En tant que dieu du commencement, il a donné son nom au premier mois de l’année, Janvier, qui vient de la racine Janus.

emblème de Janus  source http://www.emblems.arts.gla.ac.uk/french/iconclass-browse.php?id=96A12


Ensuite il y a un glissement qui part de la religion romaine, donc de Janus, et qui finit à l’intérieur de la représentation religieuse chrétienne. On trouve alors le Christ présenté comme Janus (les mêmes attributs, les deux têtes mêmes, mais il y a le monogramme du Christ IHS qui prouve que l’image est bel et bien celle du Christ). 

Jésus - Janus


Cette image de Christ / Janus n’est pas prédominante. Celle de Saint Pierre le sera beaucoup plus dans l’iconographie religieuse. En partant de ces vers de la Bible, Jésus en s’adressant à Pierre dit : 


Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié." (Matthieu 16:19)[1]


A partir de cette référence biblique Saint Pierre est représenté avec deux clés à la main ou une dans une main et l’autre dans l’autre. Une clé est d’argent et indique le pouvoir de lier et délier sur terre, l’autre est d’or et montre le pouvoir de lier et délier dans le ciel.

Saint Pierre, Ier pape, Rubens


Dans l’alchimie la clé revêt aussi une part importante. On utilise son nom latin de « clavis » et parmi les textes les plus connus ou inconnus on trouve le Clavis Artis. Le Clavis Artis [2] est un manuscrit publié en Allemagne fin XVII ou debut XVIII siècle et attribué (sans trop de certitude) au persan Zoroaster (Zarathustra). Il y a très peu d’exemplaires de ce manuscrit et deux seulement sont illustrées. Le plus célèbre et illustré se trouve à la Bibliothèque de l’Accademia Nazionale dei Lincei, à Roma (catalogué comme MS. Verginelli-Rota 15, 16, 17). Le deuxième exemplaire illustré se trouve à Trieste à la Bibliothèque Municipale Attilio Hortis (catalogué comme Ms-2-27). Un exemplaire sans illustrations se trouve à la Bayerische Staatsbibliothek à Munich de Bavière. Un exemplaire se trouvait aussi à la Herzogin Anna Amalia Bibliothek, à Weimar mais l’incendie qui a touché la Bibliothèque en 2004 l’a détruit.

Une page du manuscrit Clavis Artis


Un autre texte célèbre est le Absconditorum Clavis de Guillaume Postel (1510 –1581) qui était un linguiste, un astronome et un humaniste français. Il est considéré comme l’un des majeurs savants de kabbale chrétienne. Absconditorum Clavis a été traduit pour la première fois du latin en français en 1899 et on peut le consulter sur le site Gallica.[3]

Absconditorum Clavis de Guillaume Postel (1510 –1581)


Le dernier texte célèbre (mais il en reste d’autres) est la Clef des grands mystères [4], écrit par Éliphas Lévi et publié en 1859. Éliphas Lévi (1810 – 1875) était un ecclésiastique français et il est une grande figure de l'occultisme.

La Clef des grands mystères (source Gallica, cit)


Si on regarde de plus près la clé alchimique on trouve ces lignes très intéressantes tiré de ce site internet (http://herve.delboy.perso.sfr.fr/ :




La Clavis se compose de 1 part de nitrum et de ½ part de . On remarque le cercle double, […] Au centre, la longue barre horizontale manifeste le caractère permanent de l'Eau des Sages fondé sur l'équilibre du calorique. À droite le quadratum . L'ensemble forme le symbolum du vitriol vert ou LEO VIRIDIS. Il ne s'agit pas, on l'aura deviné, du sulfate ferreux vulgaire bien que ce soit une substance d'essence .  Elle est tout autant d'essence . E. Canseliet, dans ses Deux Logis alchimiques, a écrit :

«
... la matière s'ouvre à l'issue d'un violent combat qui, du sentiment des auteurs, est la clef des " prisons métalliques ". Voilà pourquoi, sans doute, l'idée de clef, qu'éveille la racine grecque KLEI, KLE ou CLE ... reparaît phonétiquement dans les diverses traductions du nom massue. C'est, en latin, clava ; en espagnol, clava ; en italien, clava ; en anglais : club ; en allemand, kolbe, de klobe, par métathèse. » [le château du Plessis-Bourré, chap. l'Homme-Lion] [5]


Revenons à la clé. Elle se compose de ces parties :

Détail d'une clé


De même si on prend la clé de The Satanist on peut trouver les parties suivantes :



1. Anneau. L’anneau est composé par les lettres THE
2. Bossette. La Bossette est formée par le S majuscule de Satanist
3. Tige. La tige n’est pas un cylindre mais elle porte les lettres ATAN comme si elles étaient des petites dents de la clé.
4. Museau. Le museau présente les lettres IST en majuscule. Ce sont ces dents qui vont permettre à la clé de tourner dans la serrure. Le T majuscule symboliquement peut faire penser au « tau » et depuis la religion chrétienne le Tau est le symbole de la croix [6] et donc du Christ.

Dans la clé de Behemoth le T est inversé pour souligner le contraste, l’antithèse, la négation de Christ et donc de Dieu.

On peut aller encore plus loin dans notre imagination. Il existe ce que l’on appelle le monogramme du Christ, c'est-à-dire trois lettres qui représentent et symbolisent le Christ et sont IHS. On peut imaginer que les trois lettres du museau de la clé IST représentent le monogramme de Satan. Comme on lit IHS en JESU on pourrait lire IST comme I (moi) SaTan.

monogramme de Jésus


En réalité je n’ai pas trouvé de monogramme de Satan. Par contre dans le film La Neuvième Porte de Roman Polanski sorti en 1999 on trouve dans le livre Les Neuf Portes du royaume des ombres (De Umbrarum Regni Novem Portis) des illustrations réalisées par Lucifer qui sont signées LCF. On pourrait penser que LCF et IST ce sont des monogrammes, l’un de Satan, l’autre de Lucifer.

monogramme / signature de Lucifer (La neuvième porte)


Pour terminer, nous constatons que la clé utilisée sur l’insert de l’album de Behemoth The Satanist réunit à elle seule plusieurs symboles. Cette clé permet l’accès à une connaissance qui se présente comme spirituelle au plus haut point car cette clé est dorée. Le message « gravé » sur la clé The Satanist est mis en premier plan avec un accent mis sur le S majuscule de Satan et qui se termine par le T final en forme de croix inversée. Cet album se veut alors comme une clé d’accès vers des connaissances occultes relatives au satanisme.

Encore deux choses, puisque on a constaté qu’un symbole renvoie souvent à un autre et ainsi de suite. Est-ce que la clé de The Satanist est vraiment d’or ? Pourrait-elle être de « pinchbeck », c'est-à-dire un alliage moins noble que l’or et que les non-initiés se trompent en pensant que c’est de l’or ? Ou alors de la pyrite, appelée aussi « l’or des fous » puisque très semblable à l’or mais qui n’a pas la même noblesse ?
Et encore,  quand la clé tourne dans la serrure, la croix inversée ne sera plus inversée. Et ainsi de suite.





[1] Bible de Jérusalem
[2] On peut consulter le manuscrit Clavis Artis ici : http://bnam.fr/IMG/pdf/clavis.pdf
[3] On peut consulter le Absconditorum Clavis ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111012s.r=Absconditorum+clavis.langFR

[5] Texte tiré de ce site complet et riche : http://herve.delboy.perso.sfr.fr/aurora_consurgens_2.html
[6] En effet les croix que les romains utilisaient pour crucifier les coupables étaient en forme de T. elle se composait de deux parties une fixe et l’autre mobile. La partie verticale était une poutre (en latin stipes) et se trouvait déjà sur place, sur le lieu destiné à la crucifixion. On peut représenter le « stipes » ainsi par un I majuscule.
La partie horizontale, l’autre bras de la croix, se nommait « patibulum » est le condamné la portait lui-même sur ses épaules jusqu’au lieu de sa peine. Ainsi le stipes plus le patibulum forment ce signe T qui était utilisé pour indiquer le Christ.





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